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Poésie/Poetry

La Marchande d’Images

C’est la vieille qui fume la pipe,

Elle est de Bruxelles en Brabant

Et vend l’Histoire du Juif-Errant,

La légende tendre et terrible

Du Petit-Poucet qui semait des cailloux

Sur son chemin ainsi que font les fous

Et les poètes qui vont semant des étoiles

Sans se douter qu’ils sont sur des vaissseaux sans voiles ;

Elle vend des chansons bleues et des romans noirs,

Elle a le Messager Boiteux de Strasbourg et l’Histoire

De la Dame du Lac et du beau Lancelot,

Elle vend du tumulte, du rire et des sanglots,

Des contes très pervers parfumés de morale

Et l’Histoire en couleurs du Petit Caporal.

Dans son vieux sac, il y a de petites choses qui brillent,

Elle porte, dit-on, des messages aux filles,

Mais je crois qu’on la calomnie.

Je l’ai vue souvent dans les champs,

Elle n’avait pas l’air méchant,

Sa jupe rouge dans l’herbe verte

Semblait flamber sur son échine

Et dans sa bouche entrouverte

Deux dents souillées de nicotine

Frémissaient comme ses narines.

Je crois qu’elle a toujours vécu

Et le Juif-Errant la connaît

Et peut-être a-t-elle tenu

Sur les marches du palais

Le beau manteau d’or sur fond blanc

De Geneviève de Brabant.

Vieux poète en jupon! viens donc, lorsqu’il fait soir

Dans mon cœur, m’enseigner tes plus belles histoires

Pour que mon âme épouse l’âme des amoureuses Qu’emporte la fumée de ta pipe crasseuse.



L’Aube Rue Saint-Vincent

Le jour doré s’accroche à l’aile

D’un moulin qui ne tourne plus Et l’on sent bouillonner le zèle

De Paris, moi je suis perclus.

Voici, beautés d’apothéose,

Merveilles du soleil levant,

Traînés par un jument rose

Des choux bleus et des coucous blancs.

La fontaine laborieuse

Redit, inutile leçon,

Une chanson d’esclave heureuse

Au ruisseau libre et vagabond.

On ouvre et l’on ferme des portes

Et des mains lèvent des miroirs

Lourds de lumière, que m’importe

Si je suis parfumé de soir ?

La lune a bu toutes mes larmes ;

Partageant mon vin, des filous

M’ont laissé caresser leur armes ;

Ma nuit fut belle.  Couchons-nous.

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